Pourquoi l'Etat grec vend les plages du pays

Le petit garçon qui trempait ses pieds dans l'eau cristalline près de la ferme de ses parents, la petite fille de la boulangère qui courait sur la plage à quelques mètres du village seront bientôt contenus par des grilles privées si leurs plages sont concernées par la privatisation. Récemment, un magazine populaire français, orienté à droite, expliquait que l'Etat grec allait vendre "des entreprises appartenant à l'Etat". Transports publics, postes, électricité, de nombreuses "entreprises d'Etat" sont à vendre. Le mot est trompeur: "entreprise" évoque profit et développement, alors que ces secteurs d'activité sont des services publics, destinés précisément à ne pas faire du profit mais à faire profiter chacun de l'organisation des services de la Cité. Les intrigues des milieux enchevêtrés mêlant la politique et l'entreprise privée, historiquement associés en Grèce à l'évasion fiscale, n'allaient pas assez vite à leur goût pour mener à bien la thatchérisation de l'économie nationale (relisez "Testament à l'anglaise" de Jonathan Coe).
Mais une question vient rapidement à l'esprit: si l'Etat vend ses services publics, c'est qu'il y a des investisseurs susceptibles de s'y intéresser et donc d'en tirer du profit. De même: si les plages peuvent rapporter de l'argent, il y a du monde prêt à les acheter. Pourquoi donc l'Etat grec ne se contente-t-il pas de rendre payantes certaines plages courues comme celles qui le sont déjà au sud d'Athènes, afin d'engranger quelques bénéfices dont il a tant besoin? Pourquoi ne change-t-il pas simplement son mode de gestion des infrastructures et des services publics pour en retirer un intéressement financier, au lieu que ces secteurs basculent dans la loi sauvage des intérêts privés?
La réponse est probablement la suivante: "il n'en a pas les moyens". C'est la logique des pauvres: vous ne pouvez plus investir dans une source ultérieure de revenus. Ce sont donc les autres qui le font.
Un élément de plus qui confirme ce que nous savions déjà: le démantèlement de la Grèce se fait de sorte à ne pas permettre à ce pays d'investir dans des ressources mais à le priver de toute forme de ressource extra-fiscale. Plutôt que de prêter au pays en vue d'un rétablissement construit à terme sans le détruire, on préfère le rendre exsangue en offrant les ressources aux privés et en faisant payer l'accès à la plage au petit Kostas et à la fille de la boulangère.
Mon rêve depuis mes dix-sept ans est d'avoir un jour une petite maison en Grèce, comme de nombreux européens dont la jeunesse a été un jour éblouie par ce pays. Mais si la plage d'Aghia Anna à Naxos devient une zone payante de transats et de parasols aux mains d'une organisation privée servant des cocktails aux rombières en villégiature, c'en est fini de notre rêve grec, de notre rêve européen de civilisation, d'ailleurs, puisqu'il y est né un jour lointain où Platon écrivait "La République".

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Une semaine à Samos

Gauche caviar

Président normal