Gauche caviar
Très à la mode - depuis longtemps déjà mais revivifié depuis quelques temps avec les poussées néo-libérales actuelles, en France avec l'ère Sarkozy, mais les conversations des libéraux suisses (et, gageons, d'autres régions de la francophonie également) ne sont pas en reste - l'expression "gauche caviar", destinée à stigmatiser les personnes d'un bon niveau social mais défendant des valeurs socio-démocrates, mérite une petite analyse pour débusquer ce qu'elle cache indûment.
"Gauche caviar" exprime un jugement, puisque l'expression est dépréciative.
Soit ce jugement porte sur la rationalité des personnes ciblées (il s'agit alors d'un jugement de rationalité), soit il porte sur le caractère immoral, dans un sens large, en tant que portant sur des valeurs fondamentales, de ces personnes ou de l'attitude "gauche caviar". Soit encore il porte sur les deux: attitude contraire à des valeurs et irrationnelle à la fois. C'est l'analyse - très simple - que je propose.
Dire de personnes qu'elles sont "gauche caviar" suppose que la combinaison entre des idées de gauche et l'aisance matérielle (référence métonymique du caviar) forment une contradiction.
Si tel est le cas, il s'ensuit que ce qui n'en forme pas est soit "droite riche" soit "gauche pauvre".
Pour qu'il soit légitime d'être "droite riche" ou "gauche pauvre", il faut admettre un système de valeurs où seule une attitude intellectuelle conforme à ses propres intérêts uniquement est attendue. Il est légitime pour des personnes à revenus modestes d'être de gauche parce que la gauche défend l'intérêt des classes populaires. Cela montre qu'une personne qui utilise l'expression "gauche caviar" admet nécessairement, même si c'est officiellement contraire aux professions de foi qu'elle peut faire consciemment, l'idée que la droite défend des intérêts qui ne sont pas ceux des classes populaires. Ce n'est évidemment pas une nouveauté, mais le discours de droite tend à prétendre autre chose (à savoir que le bien des nantis entraîne automatiquement l'enrichissement de la population toute entière, c'est bien connu, comme il est bien connu que ce raisonnement est biaisé).
Le locuteur de l'expression "gauche caviar" reconnaît donc implicitement, et par paradoxe, qu'il se positionne selon une logique de lutte des classes, puisqu'une classe poursuit des intérêts au détriment de l'autre; et que dans ce positionnement, il se trouve du côté du caviar mais non de la gauche, et éventuellement du côté de toute la société, sur la base du raisonnement économique habituel de la droite.
Il reste que le choix de la métonymie - le caviar - recèle autre chose encore qu'un jugement de rationalité, puisqu'il suscite l'image de gens non seulement irrationnels mais coupables de se bâfrer de luxe tandis que les classes défavorisées luttent pour la survie. La droite utilisant de cette expression retrouve donc ici une idée communiste et dangereuse: le social-traître.
"Gauche caviar" exprime un jugement, puisque l'expression est dépréciative.
Soit ce jugement porte sur la rationalité des personnes ciblées (il s'agit alors d'un jugement de rationalité), soit il porte sur le caractère immoral, dans un sens large, en tant que portant sur des valeurs fondamentales, de ces personnes ou de l'attitude "gauche caviar". Soit encore il porte sur les deux: attitude contraire à des valeurs et irrationnelle à la fois. C'est l'analyse - très simple - que je propose.
Dire de personnes qu'elles sont "gauche caviar" suppose que la combinaison entre des idées de gauche et l'aisance matérielle (référence métonymique du caviar) forment une contradiction.
Si tel est le cas, il s'ensuit que ce qui n'en forme pas est soit "droite riche" soit "gauche pauvre".
Pour qu'il soit légitime d'être "droite riche" ou "gauche pauvre", il faut admettre un système de valeurs où seule une attitude intellectuelle conforme à ses propres intérêts uniquement est attendue. Il est légitime pour des personnes à revenus modestes d'être de gauche parce que la gauche défend l'intérêt des classes populaires. Cela montre qu'une personne qui utilise l'expression "gauche caviar" admet nécessairement, même si c'est officiellement contraire aux professions de foi qu'elle peut faire consciemment, l'idée que la droite défend des intérêts qui ne sont pas ceux des classes populaires. Ce n'est évidemment pas une nouveauté, mais le discours de droite tend à prétendre autre chose (à savoir que le bien des nantis entraîne automatiquement l'enrichissement de la population toute entière, c'est bien connu, comme il est bien connu que ce raisonnement est biaisé).
Le locuteur de l'expression "gauche caviar" reconnaît donc implicitement, et par paradoxe, qu'il se positionne selon une logique de lutte des classes, puisqu'une classe poursuit des intérêts au détriment de l'autre; et que dans ce positionnement, il se trouve du côté du caviar mais non de la gauche, et éventuellement du côté de toute la société, sur la base du raisonnement économique habituel de la droite.
Il reste que le choix de la métonymie - le caviar - recèle autre chose encore qu'un jugement de rationalité, puisqu'il suscite l'image de gens non seulement irrationnels mais coupables de se bâfrer de luxe tandis que les classes défavorisées luttent pour la survie. La droite utilisant de cette expression retrouve donc ici une idée communiste et dangereuse: le social-traître.
l'expression "gauche caviar" est évidemment dévalorisante et vise à dénigrer des gens qui se disent de gauche alors qu'ils sont riches, voire très riches et privilégiés.
RépondreSupprimerCela sous-entend que pour être de gauche (avoir le droit de se dire de gauche) il faut être pauvre.
Et que inversement, de droite et riche, cela convient et est cohérent.
= équation simpliste entre niveau de vie et de revenus et idées politiques.
Comme si tous les penseurs et tous les leaders révolutionnaires, au service du peuple, n'étaient pas issus de la bourgeoisie et lettrés, quasiment tous : qui avaient bénéficié de situations sociales privilégiées et fait des études conséquentes , leur permettant de devenir des intellectuels et des penseurs , et de penser à gauche, d'être en faveur de l'égalité et de la liberté pour tous, révoltés devant la misère des classes populaires et désireux de changer le système. Idem pour les hommes politiques qui voulurent changer le monde en faveur des classes populaires, de l'égalité, des droits, de la liberté (quelques furent les échecs de la réalisation);
Autrement dit, de gauche, selon cette échelle de valeurs qui suppose que la cohérence voudrait que l'homme de gauche soit pauvre et celui de droite riche, ne se rapporte pas à des idées politiques, mais à une situation sociologique, la fortune mesurant les idées.
Totalement absurde et faux.
Qui pense ainsi ? La droite populiste, l'extrême-droite, pour dénigrer la gauche, ses penseurs, ses leaders, les staliniens sans doute aussi qui excellent dans l'équation sociologique.
Qui a inventé cette expression ? Pourriez-vous nous éclairer ? Je crois que c'est Le Pen, pour ma part, mais ne suis pas sûr. Néanmoins pour moi elle résonne comme une expression populiste et d'extrême-droite, l'argument étant hautement déplaisant pour ne aps dire plus.
merci de votre
Je n'ai pas regardé l'origine de l'expression, mais le Larousse la fait remonter aux années 1980. Pour ma part, je ne serais pas surpris qu'elle soit plus ancienne. Elle a en tout cas servi à dénigrer Mitterrand.
SupprimerLe Larousse a raison: un rapide survol ne me montre aucune occurrence de cette expression avant 1980.
SupprimerCher Monsieur,
SupprimerAnhand des Google-Books-Ngram-Viewers (https://books.google.com/ngrams) kann man nach der Auftretenshäufigkeit eines Wortes oder n-grams im entsprechenden Google-Books-Korpus suchen und somit auf die Schnelle - auch ältere - Diskurstendenzen rekonstruieren oder wenigstens zahlenmässig stützen, soweit dies mit einem Google-Korpus zulässig und sinnvoll erscheint. Erfreulich allerdings, dass die Korpora stabil und downloadbar sind: http://storage.googleapis.com/books/ngrams/books/datasetsv2.html.
Weitere Infos und erweiterte Abfragesyntax: https://books.google.com/ngrams/info
Cordialement
M.S.
corr : quels que furent les échecs
RépondreSupprimeret merci de votre analyse
Qui parle de "gauche caviar" ? Le Pen (est-il l'auteur de l'expression ? c'est ma question)
RépondreSupprimervoir http://www.liberation.fr/evenement/0101191432-un-week-end-de-haine-pour-jean-marie-le-pen-le-leader-du-fn-etait-samedi-a-marseille
Sarkozy aussi :
RépondreSupprimerhttp://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/Nicolas-Sarkozy-Cette-gauche-est-ce-qu-on-appelle-la-gauche-caviar-si-loin-du-peuple-500955
qui parle de "gauche caviar" ? (suite)
RépondreSupprimerLe Pen encore
http://www.fdesouche.com/tag/gauche-caviar
Cette gauche vilipendée par la droite de la droite et la droite sarkozyste qui reprend ses ééments de langage, selon cette vision propagandiste, habite bien sûr, bd St Germain.
RépondreSupprimerhttp://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20120425.OBS7098/hollande-l-homme-de-la-gauche-caviar.html