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A George Floyd

Comment supporterais-tu, George Floyd, l’image de ta mort, l’écrasement de ton cou jusqu’à ce dernier souffle, si c’était toi qui regardais la télévision ce soir, et un autre que toi agonisant sur l’écran ? Tu ne la supporterais pas. Aucun Noir américain de Minneapolis ne la supporte. Aucun Noir au monde ne la supporte. Aucun homme, aucune femme, sur la planète entière, noir ou blanc, jaune ou rouge, grand ou petit, blond ou roux, gros ou mince, ne peut endurer sans horreur la vision de ce genou. Tu serais ce soir dans la rue à Minneapolis et moi aussi j’y suis en rêve, et je crame de bagnoles et des commissariats. Toute la planète crame ce soir des bagnoles de flics américains, toute la planète conchie cet uniforme une fois de plus déshonoré de la police américaine, une fois de plus déshonoré mais il y en a tant eu, qu’une fois de plus ce n’est plus grand-chose, c’est une fiente de pigeon sur un tas de fumier puant.  Toute la planète s’est arrêtée saisie d’effroi. Vo...

As Europe goes by

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image: Greek reporter How can we forget the days when we, as Western Europeans in our early twenties, lived in a state of constant celebration of Europe and all it stood for? I remember the exhilarating news: the live transmission of the fall of the dictator Ceausescu in Romania; the fall of the Berlin Wall and the end of the Soviet Union and the Cold War… Watching Germans cheering in unity was intensely moving, and the subsequent formation of the European Union fit the  zeitgeist  perfectly.  It’s a common mistake to think that people are driven solely by self-interest. Nations can be, it’s true, but in general individuals are ultimately driven by less concrete values: existential fears, religion, values to which they adhere, or love, or, in the case of those that are part of their defining identities, values for which they may kill and destroy, or – on the contrary – build and heal (Scott Atran did wonderful work on this topic). In the 1990s, we certa...

Une semaine à Samos

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L’un des plus grands devoirs de l’homme est l’indignation. N. Kazantzakis [la plupart des prénoms ont été modifiés] Dimanche 31 janvier 2016 L’aéroport est baigné d'un doux soleil d'hiver. Il borde le scintillement maritime, à un jet de pierre de la côte turque.  Majid, un ancien étudiant de master, qui avait fait un intéressant mémoire d’analyse du discours consacré aux interviews de Bachar El Assad et à leurs différences selon qu’ils sont destinés à la presse nationale ou internationale, est venu m'accueillir. Il est à Samos pour six mois avec le Haut Commissariat aux Réfugiés, l’agence de l’ONU consacrée aux réfugiés (UNHCR). Tandis que nous dépassons de charmants hôtels bordés de palmiers et contournons le pittoresque petit port de Pythagorio, il me donne les éléments essentiels pour comprendre la situation de Samos et des réfugiés. Je prends mes premières impressions de l’île, vaste et verdoyante, forestière même, que nous parcourons en vo...