Un mot sur le populisme
On connaît les caractéristiques principales de ce que
véhiculent les populismes : rejet de l’Etat d’une part, et rejet de toute appartenance
idéologique d’autre part, dans l’idée 1) que la politique doit être pragmatique
pour résoudre des problèmes concrets et que 2) toute théorie, toute idée
générale guidant l’action politique, donc toute « idéologie », est
une entrave à ce pragmatisme.
C’est en particulier à cause de ce pragmatisme que les
discours des populistes sont très efficaces quand il s’agit de proposer des
solutions rapidement mises en œuvre. Par exemple, si on considère qu’il y a
trop d’étrangers, il suffit de les expulser. Cette équation, par sa simplicité
extrême, est très productrice d’effets : un problème qui pourrait être
complexe se révèle simple et se résout en deux coups de cuillère à pot.
Mais le discours est plus hésitant quand on demande
d’expliquer l’éthique sous-jacente à leurs positions politiques, et c’est là
qu’apparaissent des contradictions sans appel. En particulier on remarque que
les populismes peuvent être à la fois contre l’Etat (de droit), accusé de trop
réglementer (il faut « tailler dans le maquis des sous-bois législatifs »,
Jean- Marie Le Pen 20.02.2007) et de s’emparer par les taxes et impôts du bien
particulier (« Au commandement biblique ‘Tu ne commettras pas de vol’, il
faudrait ajouter ‘Et l’État ne volera pas le citoyen’ », Christoph Blocher, 21
janvier 2006) et pour le bien commun.
Il y a ici un paradoxe, car l’Etat a justement la mission
d’assurer le bien-être optimal de la communauté sociale, qui repose donc sur
des principes d’équités de droits et de protection contre l’abus, idéal réalisé
par l’appareil législatif, mis en œuvre par l’exécutif, et assuré en force par
le judiciaire. Il y a donc communauté d’intérêt, dans tout pays démocratique,
entre l’Etat et la société.
Il va de soi que l’Etat, comme toute structure – comme les
banques, les entreprises – et comme toute œuvre humaine, dysfonctionne. La
visée de la dénonciation des dysfonctionnements de l’Etat, par ailleurs souvent
explicable par un déficit en moyens et en personnel, mais aussi parfois par de
l’incompétence, comme partout – est d’amoindrir la puissance d’un empêcheur de
tourner en rond, d’un empêcheur d’en faire à sa guise. Quand on veut tuer son
chien, on dit qu’il a la rage. Pourtant, que veut dire « moins
d’Etat » ? C’est pêle-mêle : moins de fonctionnaires, moins
d’impôts, moins de lois. Moins de fonctionnaires, cela signifie moins d’impôts.
Moins de lois, c’est essentiellement moins de restrictions matérielles, qu’il
s’agisse des plans d’occupation des sols ou des permis de construire pour les
promoteurs, ou de restrictions à la liberté d’investir. Voici en quoi le
populisme contemporain, très à droite, a partie étroitement liée avec l’idéologie
ultralibérale, qui proclame que le bien commun procède – un peu miraculeusement
– de l’autorégulation de forces en présence. L’idéologie ultralibérale est en
fait anarchiste et par nature antidémocratique, entraînant la victoire des
puissants et la disparition des plus faibles par l’asservissement, l’esclavage
des bas revenus, l’étouffement économique, dans un mécanisme qu’on appelle
parfois « darwinisme social » : survivent les plus
« aptes » et meurent les autres, ce qui créera une race en somme
supérieure. Le lien des populismes de droite actuels avec le fascisme pur jus
transite, en somme, par l’ultra-libéralisme anarchiste. Il existe par ailleurs
des Etats prédateurs, et, curieusement, c’est en Italie que je l’ai le plus
rencontré : il circule en uniforme de contractuelles et fait payer à tout
un chacun le moindre espace pour stationner une voiture, fût-ce un infâme
terrain vague non aménagé, poursuivent le client après le déjeuner au
restaurant pour exiger la « ricevuta fiscale », etc. Que je sache,
cette situation ne s’est pas améliorée avec le populiste Berlusconi et l’armée
de bras-cassés qui a entraîné ce pays, comme d’autres, dans la spirale
infernale de la crise.
Autre paradoxe des populismes : la tension entre
changement et conservatisme, qui résulte en fait d’une sélection de valeurs.
Pour la Suisse, par exemple, la liberté est érigée en valeur suprême, mais
l’asile – pourtant une valeur fondatrice dans ce pays – niée en tant que
valeur. Par ailleurs, il va de soi que l’ensemble des libertés à promouvoir
résulte d’une étroite sélection : liberté d’avoir son fusil militaire chez
soi, mais interdiction de construire des minarets.
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| Affiche des Jeunes UDC à Genève, 2011 |
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| Affiche de l'UDC en faveur de l'interdiction des minarets |


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